vendredi, 16 octobre 2009
De la boulangerie en Égyptis ...
Égyptis est un jeu de gestion. De ce fait, il propose un environnement économique dans lequel on fait évoluer un personnage. De façon simplifiée, on retrouve en Égyptis les deux justifications de l'existence d'une économie, à savoir des besoins qui doivent être satisfait par de la consommation, et une production pour répondre aux besoins de consommation.
Une économie est globalement saine quand production et consommation sont équilibrées. Lorsqu'un déséquilibre entre production et consommation s'installe de façon globale, le système dans son ensemble est alors en crise avec diverses répercutions, soit sur les prix, soit sur les salaires, soit sur les deux. Pour ce que j'ai pu en lire, le système économique Égyptis a connu par le passé des crises sérieuses. Pour ma part je n'en ai pas l'expérience et ne connais que la situation actuelle qui est équilibrée. Progressivement, dans le cadre de sont évolution, l'équipe de concepteurs du jeu à mis en place des outils de régulation permettant d'assurer l'équilibre globale du système. C'est à dire d'équilibrer production et consommation. Aujourd'hui, l'économie globale d'Égyptis me parait globalement saine. Si l'on en croit l'un des vénérables du jeu, production et consommation sont aujourd'hui globalement équilibrés.
À ce niveau de raisonnement, c'est bien sûr dans sa globalité que le système est appréhendé. L'équilibre consommation-production est considéré au niveau du système Égyptis globale et non au niveaux de chaque sous-système "produit".
Enfin, l'analyse présentée ici s'appuie sur une démarche systémique et non sur la base d'une approche analytique. En d'autres termes, chaque éléments constitutif du système est vu plus à travers son interaction avec les autres éléments du système que par ses caractéristiques propres.
C'est donc dans ce cadre que la situation particulière de la boulangerie est ici étudiée.
La boulangerie, en tant que système de production est un atelier dont les mécanismes de fonctionnement sont semblables à ceux des autres ateliers. Elle s'inscrit donc dans un environnement commun à tous les systèmes de production d'Égyptis. Cependant, elle présente la particularité d'avoir un débouché à sa production hors du commun, par le biais de l'alimentation facultative des soldats en caserne.
Égyptis présente la particularité d'avoir ce que l'on peut appeler des chaines de production. C'est à dire que le passage de la matière première au produit de consommation peut nécessiter plusieurs ateliers. Dans ce cadre, la boulangerie est un élément de fin de chaine.
De façon directe, la boulangerie consomme du blé et de l'orge, produits des cultures de champs, et du lait, produit de la ferme. Indirectement, elle consomme des sacs de lin, produit des tisseries, consommés dans les transactions sur les céréales, des paniers, produit des poterie-vanneries, utilisés pour la mise en vente des produits fini de la boulangerie et des jarres produit des poterie-vanneries, utilisées pour la collecte du lait.
En produits finaux, il y a les miches de pain et les galettes d'orge. Ce sont des produits de consommation directe.
Comme pour tous les ateliers, pour fonctionner elle a besoin d'une main d'œuvre composée au maximum de l'artisan, d'un compagnon et d'un apprenti, et au minimum de l'un des trois. De la même manière elle bénéficie du système de bonus lié à la santé et aux caractéristiques de la main d'œuvre.
Égyptis dispose de deux marchés. Le marché proprement dit, qui est le lieu d'approvisionnement en ressources et celui d'écoulement des produits finis. Le second marché, appelé APPE (Agence Pharaonienne Pour l'Emploi), est en quelque sorte une bourse du travail. C'est l'endroit où apparaissent les offres d'emploi et où l'on prend un emploi. Les emplois sont pour la journée uniquement.
Sur l'APPE, la boulangerie est en concurrence avec l'ensemble des autres ateliers.
La production de la boulangerie est naturellement destiné à l'alimentation. À l'origine il s'agissait uniquement de l'alimentation des joueurs. Cette forme d'alimentation est en concurrence avec d'autres. En particulier avec des légumes qui peuvent également être cultivés dans les champs.
Aujourd'hui, la production boulangère dispose d'un autre débouché, l'alimentation des soldats en caserne. La position de soldat est une position de pause pour les joueurs en indisponibilité. Ils bénéficient ainsi d'une situation figée pour leur personnage durant tout le temps qu'ils le laissent en caserne. Cet état du joueur est indépendant des opérations de la ville vis à vis de la caserne.
Égyptis a connu par le passé une grave crise de surproduction. Celle-ci serait intéressante à analyser en termes d'écologie sociale, mais cela nous conduirait à des développements qui déborderaient par trop du sujet qui ici est la boulangerie. Donc, pour pallier cette crise, liée au fait que la consommation des joueurs ne pouvait absorber toute leur production, il a été décidé d'ouvrir de nouveaux débouchés.
Il en existe plusieurs. Mais le plus important, de loin, et l'introduction du concept, par soucis de réalisme, de la possibilité pour la ville de nourrir les soldats en caserne. En retour, la ville est payée par Pharaon pour ce service. Il est important de souligner que c'est une option facultative pour la ville. En effet, la situation réelle des personnages en caserne est totalement découplée du fait qu'ils soient alimentés ou non par la ville. Cette option est donc bien une option de régulation destinée à mettre en adéquation production et consommation.
La valeur d'achat à la ville par Pharaon des produits alimentaires, si elle est répercutée intégralement par la ville pour ses achats sur le marché assure une très correcte rentabilité des boulangeries.
Cette solution de régulation économique d'Égyptis est très astucieuse. En effet, bien utilisé, elle impacte directement toutes les filières économiques d'Égyptis. Il serait donc extrêmement dangereux, pour l'équilibre du jeu, de jouer de façon inconsidéré sur ce paramètre de régulation qu'est l'alimentation des soldats. Et c'est pourquoi aussi, la boulangerie ne peut être considérée ni comme un atelier comme les autres, ni isolément du reste des systèmes de production égypticiens.
Globalement, l'appareil productif d'Égyptis est très largement en surcapacité. Ceci est normal. Les joueurs qui persévèrent dans le jeu évoluent et voient croitre leur patrimoine productif. S'il en était autrement, le jeu perdrait de son attrait.
Le seul facteur limitant de la production est dès lors la main d'œuvre disponible. La consommation est, elle, contrainte par la limite des besoins des consommateurs. S'il peut être discuté des divers moyens envisageables pour équilibrer capacité de production et besoins de consommation, je ne le ferai pas ici, ce n'est pas l'objet de ce billet.
Je m'en tiens donc au seul commentaire de la solution retenue, fournir un nouveau débouché à la production boulangère.
Garantissant un revenu quasi quotidien régulier, la boulangerie est de ce fait rapidement devenue le premier atelier construit par la majorité des joueurs. Ce faisant, elle draine une part très importante des embauches. Et en corolaire les embauches des autres filières s'en trouvent réduites. De la sorte les possesseurs de plusieurs ateliers se voient dans l'obligation d'arbitrer dans leurs embauches, de choisir quelle production faire pour la journée, et non plus de produire tous azimuts. Mécaniquement la boulangerie en détournant une partie des capacités de production a contribué à réduire l'offre des autres filières, la rapprochant ainsi du niveau des besoins de consommation des joueurs.
A partir de là, les mécanismes du marché sont aptes à agir pour produire les équilibres entre production et consommation.
En effet, si les salaires montent, la rentabilité, pour un prix de vente donné, d'un atelier diminue. Si la production d'un type d'atelier est provisoirement abandonnée au profit d'une boulangerie plus rentable, une fois les produits à bas prix de ce type d'atelier absorbés, la possibilité de mettre la production à un prix plus élevé redonnera une rentabilité à l'atelier considéré. De cette façon, un nouvel équilibre se met en place. La question est alors pour les artisans d'arbitrer dans leur choix d'embauches. En effet compte tenu de la structure de la population de la ville et de l'outil de production, il serait illusoire de prétendre faire tourner la totalité de l'appareil productif.
Une question que l'on peut se poser est de savoir si la boulangerie, par le biais des achats publics quotidiens, créée une pression à la hausse sur les salaires.
Dans un premier temps incontestablement. Mais dans ce mécanisme, la boulangerie n'intervient que comme un adjuvant. La source première de la montée des salaires est à rechercher dans la structure de la population d'une part et dans la mise en rapport de cette structure avec le volume de l'appareil productif d'autre part. La volonté humaine, légitime à priori, de faire tourner au maximum son appareil productif est le seul et unique moteur de la hausse des salaires. Mécaniquement, la hausse peut donc sembler inéluctable, la rentabilité étant alors rechercher dans une hausse des prix.
Et bien là encore, la boulangerie peut être un instrument de stabilisation.
En effet, le débouché de la boulangerie étant à 90% les achats de la ville, et la ville fixant les prix de rachat. Pour limiter la pression à la hausse sur les salaires, il suffit de baisser les prix de rachats de la production boulangère. En réduisant ainsi la rentabilité de la boulangerie, on réduit la tentation de surenchère sur les salaires pour embaucher à tout prix, et logiquement on devrait de la sorte stabiliser la hausse des salaires.
La boulangerie est donc en matière de prix le principal instrument disponible pour le Nomarque, mais surtout le plus efficace. En effet c'est le Nomarque qui fixe le prix auquel il accepte d'acheter. Par ce seul levier, il peut influer sur l'ensemble des salaires et donc par ricoché selon les lois d'équilibre des marché, sur les prix des autres produits également.
Par contre ce qui serait une erreur à ne surtout pas commettre, ce serait de limiter les achats de production boulangère. En effet, si tel était le cas, ce serait le délicat équilibre entre production globale et consommation globale qui risquerait d'être rompu. Et à ce niveau macroéconomique, une rupture d'équilibre risquerait d'avoir de très fâcheuses conséquences. Principalement, une surproduction entraine de la mévente et mécaniquement un ralentissement de la vitesse de progression dans le jeu en raison d'une diminution des ressources des joueurs.
Ce pourrait être un choix stratégique, peut-être une tentation pour de vieux joueurs ou joueuses frustrés de voir progresser relativement vite des joueurs plus récents quand eux même voient leur possibilité de progression réduite par les limites actuelles du jeu.
Le risque deviendrait alors autre, celui de voir s'accélérer les départs de joueurs qui ne trouveraient plus de plaisir dans un jeu à la progression trop lente.
La boulangerie est donc manifestement un instrument de régulation privilégié en Égyptis. Elle régule l'équilibre globale Production-Consommation. Elle peut être également un instrument aux mains des villes en matière de régulation des prix et des salaires. Mais elle n'est pas exempte de risque si l'on en use inconsidérément en matière de régulation locale.
Cependant, la principale limite de la boulangerie réside dans le nombre de soldats en caserne, autrement dit dans la proportion de joueurs se plaçant en indisponibilité. En effet, la ville ne peut écouler en production boulangère que le nécessaire à l'alimentation des soldats en caserne. Si cette proportion venait à diminuer, le spectre d'une surproduction referait son apparition.
15:00 Ecrit par Halryck | Lien permanent | Commentaires (2)
Commentaires
Bonjour,
Je te cite:
"Par contre ce qui serait une erreur à ne surtout pas commettre, ce serait de limiter les achats de production boulangère. En effet, si tel était le cas, ce serait le délicat équilibre entre production globale et consommation globale qui risquerait d'être rompu. "
L'équilibre est fragile, certes, mais n'est pas parfait en ce moment sur Egyptis.
Tu as justement montré que l'achat pour les soldats influait considérablement sur la quantité d'offre d'emploi.
Or, depuis des mois, l'APPE est pleine, voire surchargée. la baisse des achats de boulange permettrait de diminuer cet état.
Cette mesure n'est pas à appliquer "bêtement" et il est exact que supprimer les achats complètement serai une catastrophe et une rupture de l'équilibre actuel.
Par contre, baisser le prix d'achat va diminuer la rentabilité (qui est actuellement très bonne) de la boulangerie, rééquilibrer les prix d'autres produits et diminuer les salaires et les offres de l'APPE. Ce serai un nouvel équilibre, pas forcément moins bon mais différent.....
Papy
Ecrit par : Papy | vendredi, 16 octobre 2009
Hello Papy,
Dans ce que j'ai montré, la boulangerie n'influe pas du tout sur la quantité d'offres d'embauche, mais seulement sur le niveau des salaires.
Ce qui fait la quantité d'offres d'embauche, c'est la surcapacité de l'appareil productif dans sa globalité. Et à ce titre la boulangerie y contribue, mais pas plus que les autres filières de production. Et cette surcapacité, elle est structurellement liée à la dynamique d'évolution des joueurs dans le jeux. Donc c'est incompressible, sauf à augmenter de façon exponentielle l'arrivée de nouveaux joueurs. Mais là on entrerait dans une fuite en avant, et non plus une course, à la croissance du jeu qui poserait au final plus de problèmes qu'elle n'apporterait de solutions.
La baisse des prix d'achat et la seule voie possible, à mon avis pour maitriser la hausse des salaires. Il s'agit bien de modifier et déplacer des équilibres mais pas de les rompre, ce que ferait une réduction des achats par les villes, et ce qui serait extrêmement dangereux pour l'équilibre économique du jeu.
Ecrit par : Quidam LAMBDA | samedi, 17 octobre 2009
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